vendredi 29 juin 2012

La Roue du Temps - Carlos Castaneda




Tout le monde peut voir, cependant chacun préfère oublier ce qu'il voit.

Le pire qui puisse nous arriver est de devoir mourir, et comme tel est déjà notre destin immuable, nous sommes libres; ceux qui ont tout perdu n'ont plus rien à craindre.

mercredi 20 juin 2012

La meute - Yann Moix



Internet

L'esprit internautique est vide. Besogne se nourrissant de se routine baveuse, sans la moindre tentative, jamais, de considérer les choses de près : hystérie puérile, puissance illusoire pour impuissants, éructations des lâches.

Internet est l'auberge mondiale des soûlards de la pensée ; le sens humain est détruit. Les commentaires bavent. Les commentateurs rotent.

Monde de la hargne ; cérémonie des obscénités. Machine à lacérer. Tous les internautes, obscurs jusqu'au bout des ongles, s'excitent crachent, ils sont sismiques dans les coups. Ils sont nombreux et d'avantages encore. Ils cherchent une façon d'exister dans le monde.


La Loi

Tout le monde est, sinon au-dessus des lois, du moins toujours un peu à côté, toujours adaptable à la loi. Personne n'est jamais dedans la loi totale, aveuglément conforme à la loi légale légalement prévue. La loi ne s'applique jamais. Car appliquer la loi, strictement, aveuglément, légalement, textuellement, scolairement, platement, implacablement, ce serait chasser l'homme de l'homme.

La loi est hors-la-loi.

Il ne fuit pas la justice : il fuit l'injustice.


"Je hais la Suisse."

Roman Polanski, nous venons de l’apprendre, va passer un an de plus dans sa prison suisse. Je dis bien : « prison ». Une prison, ce n’est pas strictement un cachot avec des rats. Une prison, c’est tout prosaïquement un endroit dont on ne peut sortir. D’où on ne peut pas s’échapper. Peu importe que la prison soit une cellule ou un chalet, un terrier ou même un immeuble tout entier. On est en prison quand on ne peut pas être ailleurs. Roman Polanski restera emprisonné en Suisse : c’est la Suisse la prison. C’est la Suisse le bourreau. C’est la Suisse la sentence. C’est la Suisse la trahison. C’est la Suisse la haine et la revanche et la vengeance. Parce que la Suisse n’est pas un pays : la Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non : c’est un pays qui neutralise. Très joli pays qui, pendant la guerre, voyant qu’un peu trop de juifs venaient étrangement faire du tourisme en ses montagnes, a demandé à ce que fût apposé sur les passeports le « J » de Juden. La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux, sa surface polie mais comme une lame. Nous voudrions que ce pays relâche Roman Polanski, s’excuse, arrête tout. Nous voudrions que la population suisse ait honte, définitivement honte, pour ce qu’elle fait endurer à Polanski. Que des grèves se déclarent à Genève, à Lausanne, à Gstaad, ou des manifestations. Que les gens sortent dans la rue. Crient. Hurlent. Contre leur « gouvernement ». Autrefois, Alfred Jarry disait (c’est dans Ubu Roi) : « la scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part. » Nulle part, ce serait plutôt la Suisse. La Suisse voudrait empêcher que le réalisateur de Chinatown (que je viens de revoir cette nuit et qui est un chef-d’œuvre) continue de nous donner des œuvres d’art. Pourquoi, Suisse, ne laisses-tu pas cet homme partir ? Parce que tu as peur de l’Amérique ? Parce que tu trembles ? Parce que tu suis toute cette meute ignoble, parfaitement aveugle, et qui veut que Polanski représente, pour la nuit des temps, le pédophile par excellence ? Qu’il en soit l’incarnation, le parangon, l’icône ? Suisse, sois digne pour une fois dans ta vie. Suisse, donne-toi une dignité en rendant la sienne à un des grands génies du cinéma qui a suffisamment payé pour quelque chose qui ne s’est pas déroulé comme on le sait, le croit, croit le savoir. Suisse, sois une nation, sois un pays, sois quelqu’un. Sois un homme, Suisse.

Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Rien n’est ton problème, Suisse. Tu n’es jamais concernée. Tu n’es jamais impliquée. Tu n’es jamais inquiétée. Tu n’es jamais là quand on a besoin de toi. Tu es toujours là, sur la planète, mais tu ne sers à rien : tu arrêtes les artistes et tu enrichis les enrichis. Tu ne sais rien faire, sauf pitié. Je te hais, Suisse. Je te demande de m’arrêter, moi, aussi, le jour où je viendrai te voir. Pour cracher sur ton sol immonde."

Tout ce calme traître. Ce calme effrayant. On sent qu'il dissimule des saloperies. Il y dort des choses louches. Dans ce monde mort, où les visages sentent la montagne, les fameuses verdures, il y'a une constance de la nature qui fait peur. C'est une nature abstraite, dans laquelle se promènent des touristes abstraits. Les vaches dans les pâturages semblent posées sur le vert. Tout est posé, en Suisse. Les maisons ont été posées. Les arbres. Les immeubles. En suisse, les gens sont des Playmobils. Posés aussi ; ces sourires figés. Deux trous immobiles pour les yeux. Tout la Suisse est un décor pour jouets, nous n'y pouvons rien. Les jouets sont méchants : un jouet n'est pas quelque chose d'humain.

Yann Moix

lundi 14 mai 2012

Vos enfants ne sont pas vos enfants




Une femme qui tenait un bébé contre son sein dit :
"Parle-nous des enfants."

Et il répondit  :

Vos enfants ne sont pas vos enfants
Ils sont les fils et les filles
De l’appel de la vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous
Mais non de vous.

Et bien qu’ils soient avec vous,
Ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour
Mais non pas vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leur corps
Mais pas leur âme.
Car leur âme habite la maison de demain,
Que vous ne pouvez visiter,
Pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux
Mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière,
Ni ne s’attarde a hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants
Comme des flèches vivantes sont projetés.
L’archer voit le but sur le chemin de l’infini
Et il vous tend de sa puissance
Pour que ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’archer
Soit pour la joie.
Car de même qu’il aime la flèche qui vole,
Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran
"Le Prophète" (extrait)

mercredi 9 mai 2012

Le huitième jour de la création



Jacques Neirynck

En 1986 Jacques Neirynck publiait la première édition de ce livre, qui devait connaître plusieurs rééditions tant dans sa version française que dans sa traduction allemande sous le titre Der göttliche Ingenieur. Comme le succès de l'ouvrage ne se dément pas, il a paru nécessaire d'en offrir une nouvelle édition entièrement mise à jour et augmentée. Plusieurs événements évoqués comme des hypothèses - épuisement du pétrole, changement climatique, accident de Tchernobyl, effondrement du système soviétique - appartiennent maintenant au passé. Il semblait donc utile de refaire le point. Si la thèse centrale de l'ouvrage - la croissance de l'entropie - n'a pas changé, les problèmes entropologiques se sont eux multipliés et diversifiés. La révision de l'ouvrage a entraîné de telles modifications que le sous-titre de l'ouvrage méritait d'être transformé afin d'en souligner la nouveauté. Un mode d'emploi pour la technique décrit de façon plus pertinente le projet : comment gérer une technonature de plus en plus complexe et de moins en moins compréhensible ? Comment cesser d'être les objets passifs d'une évolution technique qui nous entraîne selon une logique qui nous échappe ?

Citations :

En mesurant le temps, l'homme a cru d'abord l'asservir: il a réalisé trop tard qu'il en devenait l'esclave.

Nous n'avons pas à attendre notre dîner de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger mais du souci de leur propre intérêt. Nous ne comptons pas sur leur altruisme mais sur leur égoïsme... Seul un mendiant choisit de dépendre de la charité de ses concitoyens. - Adam Smith

La Terre est la seule chose que l'on ne fabrique plus, il faudra bien se résoudre à faire moins d'hommes - Mark Twain

Emprisonnée dans le CD ou la radio, la musique est devenue un objet de production à la chaîne, de distribution massive, de publicité abusive et de consommation passive. Le fond sonore dont on prétend agrémenter les magasins, les restaurants et les ateliers, définit bien l'idéal musical de la société industrielle : un bruit perpétuel qui distrait une partie de l'attention sans jamais la capter vraiment, une bouillie fade qui s'ingurgite distraitement.

Le pire est lié au meilleur,
Le mystère explique l'évidence,
Le désordre crée l'ordre,
Le spirituel est issu du matériel. 




samedi 7 avril 2012

Le dauphin qui rêvait


Retrouve en toi l'esprit du dauphin que tu étais. Ton coeur, alors, jamais ne vieillira...

Au rêveur qui se cache en chacun de nous.

Que tes rêves se réalisent, rêveur, et qu'ils t'apportent le bonheur et la sagesse.

Vient un temps dans la vie où tu n'as pas d'autre choix que de tracer ta propre route. Un temps pour poursuivre te rêves. Un temps pour hisser la voile de tes propres croyances.

Le fait de sombrer dans le plus profond désespoir t'offre la chance de découvrir ta véritable nature. Tout comme certains rêves se dévoilent quand tu t'y attends le moins, de même se révéleront les réponses aux questions auxquelles tu es incapable de répondre pour l'instant. Laisse tes instincts te construire un sentier de sagesse et laisse l'espoir atténuer tes peurs.

Nous ne sommes pas prêts, pour la plupart, à surmonter nos échecs, et à cause de cela nous sommes incapables de faire fructifier nos talents. Il est facile de soutenir une cause qui ne comporte pas de risques.

Il se peut qu'une partie importante de l'amour consiste à apprendre à lâcher prise, à savoir quand dire adieu sans laisser nos sentiments faire obstacle à ce qui, au bout du compte, sera probablement préférable pour les êtres que nous aimons.

Est-ce que l'homme est un mauvais dauphin?

Le fait de découvrir de nouveaux mondes t'apportera non seulement le bonheur et la sagesse, mais également la tristesse et la peur. Comment pourrais-tu apprécier le bonheur sans connaître la tristesse? Comment pourrais-tu acquérir la sagesse sans affronter tes propres peurs? En fin de compte, le grand défi dans la vie consiste à surmonter ses propres limites intérieures, en te dépassant de telle sorte que tu puisses gravir des sommets que tu n'aurais même jamais rêvé pouvoir atteindre.

Je mourrais en essayant de réaliser mon rêve. Au moins cela est préférable au fait de mourir sans le poursuivre jusqu'au bout.

Nous avons tous ds rêves. La seule différence est que certains se battent et persévèrent afin d'accomplir leur destinée, quels qu'en soient les risques. D'autres ignorent simplement leurs rêves, par peur de perdre ce qu'ils ont déjà. Ils ne prennent jamais conscience du véritable but de leur vie.

Il est possible que les rêves se réalisent grâce à beaucoup de travail assidu. Si nous essayons de prendre des raccourcis, il se peut que nous perdions de vue la raison même de notre rêve et que nous découvrions, au bout du compte, que notre rêve ne nous appartient plus. Si nous nous conformons simplement à la sagesse de notre coeur, il est fort possible que le temps s'assure alors que nous accomplissons notre destinée. N'oublie pas ceci : lorsque tu es sur le point d'abandonner, quand tu as l'impression que la vie a été trop dure avec toi, rappelle-toi qui tu es, souviens-toi de ton rêve.

Il y'a certaines choses que tu ne peux pas voir avec les yeux. Il te faut les voir avec ton coeur, et c'est cela le plus difficile. Par exemple, si tu redécouvres en toi l'esprit du petit dauphin que tu étais, avec tes souvenirs à toi et ses rêves à lui, vous partirez tous deux ensemble et vous tenterez de vous frayer un chemin à travers cette aventure qu'on appelle la VIE, essayant toujours de vous accommoder de l'existence du mieux que vous le pourrez. Et ton coeur jamais ne vieillira ou ne sera accablé...

Si nous pouvions tous ressentir la même chose dans ce que nous accomplissons, nos vies auraient alors plus de sens.

Les décisions servent à nous définir nous-mêmes. Elles sont le moyen de donner de la vie et du sens aux mots et aux rêves. Elles sont la voie qui permettra à ce que nous sommes de devenir ce que nous voulons être.

Là où tu te diriges, aucune piste n'existe, aucun sentier ; il n'y a que tes propres instincts pour te guider. Tu as suivi les présages et tu es finalement arrivé à destination. À présent, il te faut faire le grand saut dans l'inconnu et découvrir par toi-même qui a tort, qui a raison, qui tu es.

Certaines actions seront toujours plus fortes que le temps et la distance ; plus profondes que les langages  et les coutumes. Comme le fait de poursuivre tes rêves et d'apprendre à être toi-même ; ou de partager avec d'autres la magie que tu as découverte...